Interview avec Christiane LeBlanc, directrice générale et artistique du Concours musical international de Montréal

– Bonjour Madame LeBlanc. Premièrement, merci beaucoup d’avoir décidé de partager cette conversation avec nous aujourd’hui. Deuxièmement, même si un grand nombre de personnes connaissent et apprécient votre chemin de carrière, pourriez-vous en parler brièvement pour nos chers lecteurs?

– Ma mère était musicienne et elle a sans doute beaucoup influencé mon parcours. On faisait beaucoup de musique à la maison. Mes sœurs et moi, on suivait toutes des cours :  piano, solfège, guitare, violoncelle, chorale … C’est donc tout naturellement que j’ai choisi la musique pour mes études supérieures, un baccalauréat en piano à l’Université de Moncton et une maîtrise en musicologie à l’université McGill.  Par la suite, j’ai eu cette chance inouïe de réussir à travailler près de la musique pendant toute ma carrière.  D’abord à Radio-Canada, comme animatrice, réalisatrice, coordonnatrice et directrice, et maintenant au Concours musical international de Montréal (CMIM) à titre de directrice générale et artistique. Forcément, j’étais plus près du produit dans ma carrière de réalisatrice alors que j’enregistrais facilement une centaine de concerts par années.  Plus tard, j’ai aussi développé des aptitudes en gestion avec la création d’Espace musique et mes années à la direction de la musique à Radio-Canada. Aujourd’hui au CMIM, c’est la rencontre des deux, l’artistique et l’administratif, pour mon plus grand bonheur.

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photo :  Brent Calis

– Vous avez pris le poste de Directrice générale et artistique de l’un des concours musicaux majeurs au Canada et à l’international dont les missions sont : découvrir et soutenir les jeunes talentueux ainsi que promouvoir la musique classique dans la société canadienne. À votre avis, comment le concours réussit-il à réaliser ces objectifs?

– Je crois que le CMIM a fait de grands pas au cours des dernières années sur le plan de la découverte de jeunes talents.  Notre notoriété et notre rayonnement nous permet aujourd’hui de rejoindre les musiciens de partout sur la planète.  Du coup, le nombre d’inscriptions à notre concours a triplé en trois ans!  C’est certain que les médias sociaux comme Facebook et Twitter nous aident beaucoup à rejoindre les jeunes et à les recruter.  Je crois que nous pouvons dire aujourd’hui que le CMIM attire vraiment les meilleurs jeunes pianistes, violonistes et chanteurs.  Mais il faut qu’on travaille étroitement avec nos lauréats après la victoire, car c’est en début de carrière qu’ils ont besoin le plus de soutien.  Nous sommes privilégiés d’avoir l’appui de la Fondation Azrieli qui offre depuis l’an dernier, une bourse de développement de carrière de 50 000 $ au gagnant du Premier prix.  Quant à la promotion et à la démocratisation de la musique classique, notre plus bel atout demeure le web.  Depuis quelques années, nous diffusons toutes les épreuves du Concours en direct sur YouTube et Facebook Live, et les résultats sont spectaculaires!  Près de 400 000 internautes ont suivi le Concours l’an dernier.

– Vous avez étudié la musique à l’Université de McGill, joué du piano et chanté dans un choeur avant de poursuivre des études commerciales. Comment cette expérience de pratique artistique vous aide-t-elle dans votre travail de direction et d’organisation?

 

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photo: Zhamila Tampayeva

 

– Je pense que dans toute organisation, il est important de connaître le produit si on veut bien le développer et en faire la promotion.  Ça nous aide à comprendre rapidement les enjeux et à trouver des solutions.  J’éprouve un grand plaisir pendant le déroulement du Concours chaque année.  Un plaisir double:  celui d’assurer le financement et le bon déroulement de l’événement, mais aussi celui de pouvoir apprécier comme musicienne chacune des performances des concurrents.  C’est un grand privilège!

–  Cette année, c’était la première édition d’un concours consacrée au chant (avant, le CMIM a accueilli des concurrents issus des disciplines du piano et du violon). Selon vous, quels sont les défis principaux que les représentants de cette discipline de la «voix» rencontrent?

– Ce n’est pas notre première édition Chant.  Nous en avons eu déjà six.  Mais c’est la première édition pour laquelle nous aurons deux volets distincts, l’une pour les chanteurs d’opéra (ARIA) et l’autre dirigée plutôt vers les chanteurs préférant le  récital avec piano (MÉLODIE).  Ça fait une différence énorme car certaines voix conviennent mieux aux grandes salles d’opéra, et d’autres au cadre plus intime d’un récital.  Ce positionnement nous permet de respecter la nature de chaque voix, de chaque chanteur.  Pour l’équipe du CMIM c’est un gros défi car nous accueillerons une quarantaine de chanteurs à Montréal.  Et nous avons dû trouver des commanditaires pour le double des prix!  En tout, plus de 265 000 $ en prix et bourses seront remis aux lauréats le soir de la Grande finale le 7 juin prochain.  Ce sera un grand moment!

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– Pourriez-vous nous parler un peu des gagnants?

– Depuis que le concours a été créé en 2002, plusieurs lauréats font de magnifiques carrières internationales grâce à leur victoire au CMIM:  les chanteurs canadiens Measha Bruggergosman, Marianne Fiset et Philippe Sly, les violonistes Benjamin Beilman et Marc Bouchkov, ou encore les pianistes Beatrice Rana, Nareh Arghamanyan, et Charles Richard-Hamelin. Ce sont nos meilleurs ambassadeurs et chacun de leur succès nous comble.  Récemment, le lauréat 2015, le chanteur coréen Keonwoo Kim, nous annonçait qu’il fera ses débuts dans un premier rôle au Covent Garden à Londres la saison prochaine et rien ne nous fait plus plaisir!

 

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photo: Zhamila Tampayeva

 

– Qu’est-ce que le Canada et le monde entier doivent attendre du concours dans le futur?

– Notre ambition est de consolider notre place parmi les cinq plus grands concours internationaux de musique au monde. Déjà, nous sommes le seul concours en Amérique à avoir trois disciplines et à tenir une édition annuellement.  Les prix que nous offrons aux lauréats sont parmi les plus généreux et nous attirons de très grands artistes sur nos jurys, comme Dame Kiri Te Kanawa, Ben Heppner, Teresa Berganza, Marilyn Horne, Grace Bumbry, Dame Gwyneth Jones et tant d’autres.  C’est une chance pour le public montréalais de côtoyer ces personnes et de découvrir autant de nouveau talents.

 

–  Une très grande partie de votre travail est consacrée à une volonté de développer la musique classique et sa réception chez le public canadien. Par exemple, vous êtes l’auteure de « Espace Musique », un broadcast gratuit de musique classique et de jazz sur Radio Canada, et la productrice des enregistrements classiques de l’Orchestre symphonique de Montréal. D’où vient ce côté altruiste de votre philosophie?

– J’ai toujours ressenti beaucoup de plaisir dans le partage de la musique.  Lorsque j’étais à Radio-Canada, j’aimais sentir qu’en diffusant des concerts en direct, nous émettions des émotions, tout plein d’émotions, dans les maisons partout au Canada.  J’ai toujours cru que la musique est une question de partage.  Dans le meilleur des cas, un concert exceptionnel par exemple, il y a une véritable communion entre non seulement l’artiste et son public, mais aussi entre les gens dans le public.  Mon altruisme est peut-être même égoïste, car c’est d’abord à moi que je fais plaisir quand je  découvre et soutiens de jeunes talents,  ou quand je crée un programme pour les appuyer comme Sacré talentou les Révélations Radio-Canada musique, ou que je développe un bijou comme le CMIM.

– Enfin, selon vous, quelle est la mission de la musique classique dans cette réalité où on n’apprécie pas la profondeur et la qualité, mais plutôt la hauteur et la vitesse, un véritable engloutissement de la musique causé par la société de consommation?

–  La musique classique incarne l’espoir, joue un rôle important contre l’appauvrissement intellectuel de notre société et a un effet mesurable sur la santé.  Si l’on en croit les expériences de musique classique au sein d’hôpitaux, on voit que la musique classique a un véritable rôle humaniste à tenir dans la société.

En même temps il faut aussi s’adapter avec son temps et trouver des façons pour rendre la musique classique plus accessible tout en chassant l’idée selon laquelle elle serait réservée à l’élite. Allier nouvelles technologies avec musique classique (ex: diffusion web, réseaux sociaux, met opéra sur les écrans de cinéma).

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photo :  Brent Calis

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